Mon très cher fils,
Lorsque tu te feras lire cette lettre, je serai déjà en route vers la mort. Il faudra que ta mère se plie à mon souhait car tu vis encore dans son ventre. Ce n'est pas plus mal, mon ange, car tu ne verras rien de ce qui va se passer. Rien du tout. Peut-être que cela te sera moins effrayant ou alors, peut-être que dans le noir...Tuentendras ta mère crier et j'espère qu'elle ne souffrira pas trop.
J'aurais aimé t'écrire une lettre bien plus joyeuse que celle-ci pour t'accueillir sereinement dans ce monde qui est aussi beau que moche. J'aurais aimé te montrer des merveilles, te faire entendre le chant des oiseaux, comme tout cela peut être si magnifique et émouvant lorsque l'on sait aimer. Le monde dans lequel nous vivons est tellement précieux mais je n'ai plus le temps de te le prouver. J'aimerais tant m'imaginer te soulever et t'étreindre, que je te dise que tu es aussi resplendissant que le soleil, aussi beau qu'un ange, aussi précieux que le plus grand des trésors. Je voudrais tant te dire que c'est si beau d'aimer, que tu saches qu'il y aura toujours tes parents pour le faire si le reste du monde est contre toi. Mais tout ça, je ne peux pas, je n'ai pas le temps.
Je regrette de ne pas avoir pu t'écrire le plus beau des poèmes, de ne plus être là pour te voir arriver en ce monde et contempler ton sourire qui en dit long sur ta pureté. Te montrer que moi, ton papa, je te donne mon amour à l'infini, que je mourrais pour toi s'il le fallait. Je pleure à l'idée que je ne serai pas là pour sécher tes premiers sanglots, calmer tes peurs et te protéger afin que tu t'endormes vers le merveilleux pays des songes.
Je suis plein de honte à l'idée que tu pourrais penser dans ta tête de petit bébé que Papa n'est pas un fort et a laissé faire tout cela. Sache, mon fils, que j'ai fait ce que j'ai pu, peut-être que tu ne m'en voudras pas, qui sait... Je n'ai rien pu faire, ce monde est terminé. Rien que pour tout l'amour que je m'imaginais avoir à ton égard, je me disais que rien n'est impossible, que je pouvais soulever des montagnes afin de changer tout ça. Rien qu'en te voyant sourire. Je comprendrais que tu ne me pardonnes pas, dans cette vie ou dans l'autre, parce que nous nous reverrons. Il va falloir être très fort, mon bébé car ce qui va se passer va être terrible.
J'espère que ta maman ne m'en voudra pas de n'avoir pu empêcher le lâcher de cette bombe nucléaire qui ne va pas tarder à s'abattre sur nos vies, balayer nos corps et nos âmes en un rien de temps. J'ai envoyé cette lettre l'avant-veille afin d'espérer qu'elle te parvienne à temps, juste assez pour la lire avant que ce drame ne survienne, à midi et zéro minutes. Quant à moi, j'aurai été exécuté pour rébellion et on m'aura laissé le temps de griffonner ces quelques lignes afin de m'excuser de ce que je suis.
J'aurais tant aimé t'aimer, j'aurais tant aimé te montrer qu'il y a du bien malgré le mal, j'aurais aimé que tu aies pu aimer au moins une fois. J'aurais aimé tant de choses, tu sais.
Et j'aimerais que malgré tout cela, tu m'aimes.
Je t'embrasse fort, toi mon fils.
Ton père qui t'adore fort.