Des mains enfantines et potelées se réunirent autour d'une petite boîte en bois rouge et carrée qu'elles ouvrirent. Une femme miniature se mit à danser en tournant sur elle-même, les bras ouverts et la tête en arrière. Elle était la réplique de Kim, cette fille amoureuse d'Edward aux mains d'argent. La musique qui résonnait était celle du thème principal de ce film.
Ces mains appartenaient à Constance, une petite fille de huit ans aux cheveux blonds comme le sable. Elle adorait ce film car son maître d'école l'avait emmenée au cinéma avec sa classe pour le voir. La fillette adorait ce professeur, elle l'aimait en secret. Alors pour se remémorer ce très bon moment, elle aimait ouvrir cette boîte à musique, la poser sur son oreiller et s'installer face à elle, couchée sur le ventre et la tête dans les mains. Constance pouvait rester ainsi des heures.
Le temps que les rougeurs de son visage disparaissent ainsi que son saignement de nez, comme cela lui arrivait souvent.
Il ne fallait surtout pas que Papa ne la découvre avec le contour écarlate d'une main, une main d'adulte, imprimé sur sa joue. Sinon les représailles seraient terribles. Elle attendait que cela passe tout en versant des larmes d'émotion en écoutant cette musique. Et pendant ce temps-là, Maman guettait tous ses faits et gestes. Un rictus s'inscrivait sur ses lèvres quand ce bourreau voyait les larmes de sa fille, c'était jouissif pour elle. Cette femme aurait aimé briser cette boîte mais son époux l'aurait questionnée, ce qu'elle redoutait par-dessus tout.
Papa n'était jamais là lorsque Maman la frappait, elle faisait toujours ça derrière son dos, elle profitait qu'il travaillait. Cette femme était au chômage, elle avait donc tout son temps pour se défouler sur Constance. Elle lui avait donné ce prénom car c'était celui de sa poupée. Ce monstre l'avait expliqué à sa fille sans doute pour lui faire passer le message ; en l'appelant comme son jouet, elle la considérait comme son pantin. Un pantin de chair et de sang qu'il fallait faire souffrir régulièrement, cogner, insulter. Elle maintenait ainsi une certaine terreur, le terreau de son éducation. Ou de son dressage.
Constance ne sortait jamais de sa chambre pendant la journée, elle attendait que son père soit là pour s'aventurer dans les autres pièces de la maison. La fillette ne se sentait en sécurité que lorsqu'il était présent car Maman ne levait jamais la main sur elle durant tout ce temps. Elle passa toute son enfance dans cette crainte des humiliations et des coups.
Son père lui offrit un album de musique classique pour marquer son entrée dans l'adolescence. Constance l'avait écouté et le jugeait si mélancolique qu'elle décida de l'utiliser pendant ses loisirs créatifs afin d'être plus inspirée. Sa passion c'était la peinture, l'adolescente n'aimait pas trop en voir mais surtout en créer. C'était toujours la même oeuvre au final ; un autoportrait. Pour la peindre elle vidait les fonds de barquette de viande rouge dans un gobelet afin de récupérer le sang et elle l'utilisait pour sa toile.
« Crève, crève ! », chuchotait-elle dans le calme de sa chambre à l'intention de sa mère.
Elle peignait avec frénésie en disant cela.
« C'est quand que tu claques et que tu me laisses vivre ?! », murmurait-elle encore.
Pendant ce temps-là sa génitrice lui aboyait de faire ceci ou cela, et vite. Elle posait son pinceau sur un chiffon, admirait sa toile qui représentait une tête de mort rouge et blanche portant l'inscription « AUTOPORTRAIT » et allait faire sa corvée afin d'être tranquille. Toujours ce même dessin refait à l'infini, cela frisait l'obsession. Ses parents ne voyaient jamais ses toiles car elle les détruisait aussitôt achevées. C'était mieux ainsi car ils l'auraient prise pour une cinglée.
Sa mère continuait à vivre, contrairement à son souhait le plus cher. Constance attendait avec impatience que ce jour vienne car elle voulait aller taguer sa tombe avec des inscriptions ; « BOURREAU D'ENFANTS », « MONSTRE » ou encore « CONNASSE », elle n'avait pas arrêté son choix.
Le projet de la tuer elle-même prit naissance par un beau dimanche après midi d'été. La jeune fille était dans la cuisine à l'heure du repas, elle voulait se servir dans le placard. Elle avait pris un verre et tous les autres s'étaient brisés sur le sol, projetant des débris acérés tout autour de ses jambes nues.
« Alors toi, t'es plus con que con... », avait sifflé sa mère avec un total mépris.
Son père n'avait rien dit, il n'écoutait même pas, comme d'habitude. Il s'était contenté de regarder tout le monde d'un air bovin. Constance s'était sentie humiliée, une fois de trop. C'était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Le peu de morale qu'elle avait développé avec difficulté venait de s'écrouler.
« Toi t'es morte... », pensa-t-elle.
Sa mère avait gagné, elle venait de faire d'elle une psychopathe à force de sadisme sans limites. Le dernier verrou avait sauté ; elle n'avait plus peur de cette femme. Constance la toisa avec mépris, une pointe à peine perceptible mais bien présente.
« Je suis... désolée... », ironisa-t-elle.
Personne ne le comprit ainsi, c'était une fille sage, Constance. Elle passa le balai pour éliminer le verre brisé, acheva son repas puis remonta dans sa chambre.
Allongée sur son lit défait, les bras en croix, elle s'imaginait le meurtre parfait. Comment allait-elle la tuer ? Vite en la poussant dans l'escalier ? Ou plutôt lentement, millimètre par millimètre avec un couteau ?
« Non, il faudrait qu'elle souffre beaucoup », se dit-elle avec un grand sourire.
Elle repartit sur cette idée. Constance songea à un couteau. L'adolescente secoua la tête négativement car c'était trop petit pour elle, pensa au grand couteau de cuisine ; voilà c'était bien mieux, il tranchait très bien. Cela suffirait...dans un premier temps. La jeune fille songea au hachoir. Parfait, il servirait après. L'impatience la gagna ; il fallait qu'elle mette tout cela à exécution.
« Demain... », murmura-t-elle en souriant.
</p>
Constance ferait ça quand son père sera au travail. Ainsi elle ne serait pas dérangée.
L'occasion se présenta naturellement. Elle passait devant la salle de bain dont la porte était entrouverte. La jeune fille avait jeté un --il par curiosité. Le rideau de douche était tiré sur la baignoire, seule la tête de sa mère dépassait et celle-ci semblait s'être assoupie. L'adolescente était entrée dans la pièce et d'un pas sûr s'était dirigée sur elle, lui avait plongé la tête dans l'eau en appuyant de tout son poids. Cette femme avait sursauté, ouvert la bouche et l'eau avait infiltré ses poumons. Au bout de quelques minutes d'une bataille contre sa fille, ses forces l'avaient quittées et la mort était venue la chercher.
Constance avait souri de satisfaction, son ventre s'était contracté sous l'excitation provoquée par cette joie : elle faisait enfin justice elle-même ! Toute cette souffrance s'accumulant depuis des années, tout ce mal-être dont l'adolescente souffrait venaient d'être rendus à ce monstre qu'elle avait éliminé. Rien ne serait plus juste que ce crime car c'était bien connu ; la justice de notre pays rendait service au bourreau et non à la victime, porter plainte n'aurait servi à rien, cette femme serait toujours en liberté cinq ans après et l'aurait battue encore plus fort par punition. Peut-être même l'aurait-elle tuée pour l'avoir balancée...
L'adolescente avait craché sur le cadavre, avait quitté la pièce et préparé ses affaires. Elle partirait très loin d'ici, s'achèterait une arme non seulement pour se défendre mais aussi pour nettoyer cette terre de tous ces bourreaux d'enfants. Ce serait rendre service à l'humanité et éviter le pire à des enfants qui n'auraient pas encore subi tout ce qu'elle-même avait enduré.
L'adolescente laisserait le soin à son père de découvrir la dépouille de cette femme mais avant de s'enfuir il lui fallait accomplir une dernière chose. Constance alla dans sa chambre et revint dans la pièce équipée d'un pinceau et de peinture rouge étalée sur un morceau de carton. Elle trempa la pointe de l'objet dans le liquide, inscrivit « MONSTRE» sur le mur de la baignoire, au-dessus du corps. L'adolescente admira son --uvre puis déserta le foyer familial.
Elle prendrait le train, choisissant la destination au hasard et l'avenir ferait le reste.
Ces mains appartenaient à Constance, une petite fille de huit ans aux cheveux blonds comme le sable. Elle adorait ce film car son maître d'école l'avait emmenée au cinéma avec sa classe pour le voir. La fillette adorait ce professeur, elle l'aimait en secret. Alors pour se remémorer ce très bon moment, elle aimait ouvrir cette boîte à musique, la poser sur son oreiller et s'installer face à elle, couchée sur le ventre et la tête dans les mains. Constance pouvait rester ainsi des heures.
Le temps que les rougeurs de son visage disparaissent ainsi que son saignement de nez, comme cela lui arrivait souvent.
Il ne fallait surtout pas que Papa ne la découvre avec le contour écarlate d'une main, une main d'adulte, imprimé sur sa joue. Sinon les représailles seraient terribles. Elle attendait que cela passe tout en versant des larmes d'émotion en écoutant cette musique. Et pendant ce temps-là, Maman guettait tous ses faits et gestes. Un rictus s'inscrivait sur ses lèvres quand ce bourreau voyait les larmes de sa fille, c'était jouissif pour elle. Cette femme aurait aimé briser cette boîte mais son époux l'aurait questionnée, ce qu'elle redoutait par-dessus tout.
Papa n'était jamais là lorsque Maman la frappait, elle faisait toujours ça derrière son dos, elle profitait qu'il travaillait. Cette femme était au chômage, elle avait donc tout son temps pour se défouler sur Constance. Elle lui avait donné ce prénom car c'était celui de sa poupée. Ce monstre l'avait expliqué à sa fille sans doute pour lui faire passer le message ; en l'appelant comme son jouet, elle la considérait comme son pantin. Un pantin de chair et de sang qu'il fallait faire souffrir régulièrement, cogner, insulter. Elle maintenait ainsi une certaine terreur, le terreau de son éducation. Ou de son dressage.
Constance ne sortait jamais de sa chambre pendant la journée, elle attendait que son père soit là pour s'aventurer dans les autres pièces de la maison. La fillette ne se sentait en sécurité que lorsqu'il était présent car Maman ne levait jamais la main sur elle durant tout ce temps. Elle passa toute son enfance dans cette crainte des humiliations et des coups.
Son père lui offrit un album de musique classique pour marquer son entrée dans l'adolescence. Constance l'avait écouté et le jugeait si mélancolique qu'elle décida de l'utiliser pendant ses loisirs créatifs afin d'être plus inspirée. Sa passion c'était la peinture, l'adolescente n'aimait pas trop en voir mais surtout en créer. C'était toujours la même oeuvre au final ; un autoportrait. Pour la peindre elle vidait les fonds de barquette de viande rouge dans un gobelet afin de récupérer le sang et elle l'utilisait pour sa toile.
« Crève, crève ! », chuchotait-elle dans le calme de sa chambre à l'intention de sa mère.
Elle peignait avec frénésie en disant cela.
« C'est quand que tu claques et que tu me laisses vivre ?! », murmurait-elle encore.
Pendant ce temps-là sa génitrice lui aboyait de faire ceci ou cela, et vite. Elle posait son pinceau sur un chiffon, admirait sa toile qui représentait une tête de mort rouge et blanche portant l'inscription « AUTOPORTRAIT » et allait faire sa corvée afin d'être tranquille. Toujours ce même dessin refait à l'infini, cela frisait l'obsession. Ses parents ne voyaient jamais ses toiles car elle les détruisait aussitôt achevées. C'était mieux ainsi car ils l'auraient prise pour une cinglée.
Sa mère continuait à vivre, contrairement à son souhait le plus cher. Constance attendait avec impatience que ce jour vienne car elle voulait aller taguer sa tombe avec des inscriptions ; « BOURREAU D'ENFANTS », « MONSTRE » ou encore « CONNASSE », elle n'avait pas arrêté son choix.
Le projet de la tuer elle-même prit naissance par un beau dimanche après midi d'été. La jeune fille était dans la cuisine à l'heure du repas, elle voulait se servir dans le placard. Elle avait pris un verre et tous les autres s'étaient brisés sur le sol, projetant des débris acérés tout autour de ses jambes nues.
« Alors toi, t'es plus con que con... », avait sifflé sa mère avec un total mépris.
Son père n'avait rien dit, il n'écoutait même pas, comme d'habitude. Il s'était contenté de regarder tout le monde d'un air bovin. Constance s'était sentie humiliée, une fois de trop. C'était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Le peu de morale qu'elle avait développé avec difficulté venait de s'écrouler.
« Toi t'es morte... », pensa-t-elle.
Sa mère avait gagné, elle venait de faire d'elle une psychopathe à force de sadisme sans limites. Le dernier verrou avait sauté ; elle n'avait plus peur de cette femme. Constance la toisa avec mépris, une pointe à peine perceptible mais bien présente.
« Je suis... désolée... », ironisa-t-elle.
Personne ne le comprit ainsi, c'était une fille sage, Constance. Elle passa le balai pour éliminer le verre brisé, acheva son repas puis remonta dans sa chambre.
Allongée sur son lit défait, les bras en croix, elle s'imaginait le meurtre parfait. Comment allait-elle la tuer ? Vite en la poussant dans l'escalier ? Ou plutôt lentement, millimètre par millimètre avec un couteau ?
« Non, il faudrait qu'elle souffre beaucoup », se dit-elle avec un grand sourire.
Elle repartit sur cette idée. Constance songea à un couteau. L'adolescente secoua la tête négativement car c'était trop petit pour elle, pensa au grand couteau de cuisine ; voilà c'était bien mieux, il tranchait très bien. Cela suffirait...dans un premier temps. La jeune fille songea au hachoir. Parfait, il servirait après. L'impatience la gagna ; il fallait qu'elle mette tout cela à exécution.
« Demain... », murmura-t-elle en souriant.
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Constance ferait ça quand son père sera au travail. Ainsi elle ne serait pas dérangée.
L'occasion se présenta naturellement. Elle passait devant la salle de bain dont la porte était entrouverte. La jeune fille avait jeté un --il par curiosité. Le rideau de douche était tiré sur la baignoire, seule la tête de sa mère dépassait et celle-ci semblait s'être assoupie. L'adolescente était entrée dans la pièce et d'un pas sûr s'était dirigée sur elle, lui avait plongé la tête dans l'eau en appuyant de tout son poids. Cette femme avait sursauté, ouvert la bouche et l'eau avait infiltré ses poumons. Au bout de quelques minutes d'une bataille contre sa fille, ses forces l'avaient quittées et la mort était venue la chercher.
Constance avait souri de satisfaction, son ventre s'était contracté sous l'excitation provoquée par cette joie : elle faisait enfin justice elle-même ! Toute cette souffrance s'accumulant depuis des années, tout ce mal-être dont l'adolescente souffrait venaient d'être rendus à ce monstre qu'elle avait éliminé. Rien ne serait plus juste que ce crime car c'était bien connu ; la justice de notre pays rendait service au bourreau et non à la victime, porter plainte n'aurait servi à rien, cette femme serait toujours en liberté cinq ans après et l'aurait battue encore plus fort par punition. Peut-être même l'aurait-elle tuée pour l'avoir balancée...
L'adolescente avait craché sur le cadavre, avait quitté la pièce et préparé ses affaires. Elle partirait très loin d'ici, s'achèterait une arme non seulement pour se défendre mais aussi pour nettoyer cette terre de tous ces bourreaux d'enfants. Ce serait rendre service à l'humanité et éviter le pire à des enfants qui n'auraient pas encore subi tout ce qu'elle-même avait enduré.
L'adolescente laisserait le soin à son père de découvrir la dépouille de cette femme mais avant de s'enfuir il lui fallait accomplir une dernière chose. Constance alla dans sa chambre et revint dans la pièce équipée d'un pinceau et de peinture rouge étalée sur un morceau de carton. Elle trempa la pointe de l'objet dans le liquide, inscrivit « MONSTRE» sur le mur de la baignoire, au-dessus du corps. L'adolescente admira son --uvre puis déserta le foyer familial.
Elle prendrait le train, choisissant la destination au hasard et l'avenir ferait le reste.