Petite présentation

Nadine Crow est née en 1985. Sa tendance à la créativité apparaît très tôt, à l'aube de l'adolescence. Ces textes resteront au fond du tiroir.
En 2005, elle envoie des travaux à un artiste et leader du plus grand groupe de rock français (qui a rempli Bercy en 2003), la réponse personnelle de cet homme sera très encourageante.
En 2007, elle écrit son premier roman, La demoiselle de fer. S'ensuivra une ½uvre caritative intitulée Passion pour l'art d'Indochine , recueil collectif.

Son style s'est dès le début orienté sur le roman noir et l'ingrédient psychologique s'est imposé au fil du temps.





# Posté le jeudi 08 novembre 2007 08:08

Modifié le jeudi 05 juin 2008 18:55

TOI T'EN REVES

Ce matin il fait gris et froid. Tu peux même entendre la pluie s'écraser sur le toit mansardé de ta chambre.



Toc... toc...toc-toc-toc...toc...grondement de l'orage.



Tu n'aimes pas cela car ta chambre n'est pas bien isolée, ça coule à l'intérieur.

Dans ton antre, ton petit monde.



Ton souffle emplit la pièce un peu trop calme à ton goût. Il est rapide et saccadé car tu pleures encore, pour changer...

Quand ce n'est pas la pluie qui inonde ta moquette, ce sont toutes les larmes de ton corps. Elles sont transparentes aux yeux des autres mais tu sais bien que ce sont des larmes de sang. Peut-être que comme moi tu les vois rouges ? Et luisantes de la lumière qu'elles arrivent à capter.

Oh, Alexandre... tu souffres, ce spectacle n'est pas tenable, n'importe qui aurait envie de te prendre dans ses bras pour te consoler et sécher tes pleurs mais chez toi tu n'as aucun soutien. Surtout s'ils l'apprennent, peut-être qu'ils te tueront. Le monde dans lequel on t'a jeté sans que tu ne le demandes est si intolérant...



Tu veux de l'espoir, du rêve.



Le jour, tu fantasmes sur ton héros. Il a tout pour te plaire : jeune, beau comme un dieu, avec une voix que tu trouves plus que sublime. Tu espères qu'un jour il viendra te sauver en t'emportant dans ses bras loin d'ici. Il se fait appeler Narcys et tu aimerais le rencontrer. Ce serait une consolation dans ton existence que tu juges minable.

Le soir, ta main s'aventure sous le drap en pensant à cette même personne, tu t'imagines lui faire l'amour du mieux que tu peux.

La nuit, tu rêves de lui, il te connaît mieux que personne. Peut-être est-ce à cause des lettres que tu lui envoies ? Mais ton héros ne te répond jamais. Qu'importe, il les lit, tu en es certain.



Tu as protégé ta chaîne hi-fi avec une petite bâche en plastique au cas où de l'eau viendrait à tomber dessus. Cet objet est très important pour toi car sans musique tu dépéris. Il n'y a que ça qui entretient la petite lueur qui brille dans ton regard.

A tel point que tes vêtements sont humides et moisissent parfois mais tu t'en fous.

Tu utilises cet objet pour écouter Narcys en boucle du soir au matin. Tu as trop de douleur en toi pour dormir à des heures décentes, tu préfères veiller sur le monde et assister tranquillement à sa perte sans personne pour t'importuner.

Le jour tu vas au lycée en te traînant péniblement et lorsque tu ne penses pas à lui, tu dors sur ta table. Depuis le temps, tes professeurs n'osent plus te secouer afin que tu les écoutes. Peut-être ont-ils compris que tu as un très lourd secret à porter, sûrement trop pour un seul homme.

Tu en pleures encore car tu vas devoir plaquer ta petite amie. Suite à ta découverte, ce serait contradictoire de la garder dans ta vie. Quel dommage, tu l'aimais tant mais il t'est impossible de la regarder en face depuis quelques jours.

Obligé de te cacher d'elle sous les draps et porte fermée à double tour car t'as mal à en crier.

Tu te dis qu'après tout c'est ça la vie : une lente agonie ponctuée de cris de douleur dont le premier est poussé dès la naissance.



Ces derniers jours tu t'es souvenu de ce garçon dont tu étais amoureux à l'école primaire. Du moins, attiré par lui.

Tu t'es souvenu de ton professeur de français de sixième que tu trouvais beau, tu avais remarqué l'alliance à son doigt et tu l'imaginais au lit avec sa femme.

Tu t'es souvenu de ce copain de classe que tu observais, nu dans le vestiaire de la piscine cette même année, tu regardais son pénis avec envie.

Tu t'es souvenu de cet autre copain d'école en quatrième, il t'avait tenu la main pour rigoler mais toi... t'as aimé ça. Il te donnait des claques sur les fesses pour plaisanter, tu tentais de maîtriser ton érection au plus vite.

Et pendant ce temps-là, tu oubliais tout au fur et à mesure et tu sortais avec des filles pour être dans la norme.



Tout cela tu l'avais oublié mais ça a ressurgi brutalement au réveil, te faisant paniquer puis déprimer. Tu as réalisé que pour ne pas perdre le faux amour de tes parents, tu t'es aveuglé en refoulant tout cela au plus profond de toi... Pour être aimé. Rien qu'un petit peu.

Car ils t'avaient plus ou moins prévenu en faisant passer leur message de haine.



«Les pédés sont déviants.»



Tu soupirais intérieurement.



«Ca devrait pas exister.»



Tu réalisais que c'était un sort pire que la mort.

Déni total de l'individu, les nazis l'avaient fait avant eux.

Mais consciemment, tu ne prenais pas ces remarques pour toi car tu ne te souvenais pas. Pas encore. Et tu déprimais sans trop savoir pourquoi. Un mal-être indéfinissable.

Maintenant tu avales tes antidépresseurs comme des Tic Tac à l'heure qu'il est. Ca te fait dormir, d'ailleurs tu viens de plonger dans le sommeil et tu rêves.



Tu te retrouves dans une usine, comme dans le clip vidéo de ton idole. Mais il y a un truc en plus : les murs gris sont aspergés de sang par endroits.

Tu es dans une file indienne comme les gens tout autour de toi. Tes mains sont des bouts de plastique ainsi que tes cheveux qui forment un casque raide sur ta tête. Tu ne peux pas bouger les jambes aussi facilement que lorsque tu es réveillé. Ton coeur bat et fait se soulever le plastique gondolé qui est censé représenter ton thorax. Ce vice de fabrication te fait mal, comme les autres. Tu les vois qui grimacent de douleur.

Tu te laisses porter par le tapis roulant maculé de sang séché. Que peut-il se passer ici ?

Ton coeur fait un bond contre ton thorax, le soulevant plus encore ; ton père marche à contresens du tapis roulant, une cravache dans la main. Il est plus humain que toi en apparence et il porte une tenue SS. Il frappe quelques personnes au visage avec son accessoire en souriant.



«Le tri sera fait et certains mourront!» S'écrie ton père en élargissant son sourire.



Tu te penches juste à temps pour apercevoir en contrebas un homme à forte carrure, tout de blanc vêtu. Son tablier en plastique est rose du sang qu'il a sur lui. Il pousse un chariot en acier sur lequel est posée une marmite débordante d'une bouillie sanglante. Des pieds dépassent du récipient. Le sang coule du chariot et laisse une traînée sombre sur le béton derrière l'homme.



«Attention!» Crie une petite voix féminine.



Tu te redresses juste à temps et regardes autour de toi. Tu viens d'éviter de justesse un poteau en acier qui aurait pu t'embarquer la tête. Tu soupires de soulagement.

Voilà que ça monte à présent, tu te penches vers l'avant pour maintenir ton équilibre. Une alarme retentit à tes oreilles, assourdissante.

Un regard vers une vitre t'apprend que ta mère manie les leviers des tapis roulants. Elle aussi porte une tenue SS et elle te sourit d'un air tendre en agitant doucement la main.

Comme un adieu.

Tu te retrouves dans une pièce sombre où un écran géant s'illumine. Déjà ?!

Comme dans le clip, on t'apprend les bonnes moeurs, tu hurles de désespoir. Ton père vient te chercher, tu ne veux pas. Il te saisit par les vêtements et te traîne hors de la pièce.



«Celui-là est défectueux et récalcitrant.» Dit ton père d'une voix glaciale à l'homme en blanc.



Tu as peur. Que vont-ils te faire ?



«Je le jette ?» Questionne l'homme. Il a un léger accent allemand.



Ton père hoche la tête, te donne à cet étranger que tu ne connais pas. Celui-ci te traîne en sifflant, tes pieds frottent sur le sol. Tu entends le grondement d'une machine se rapprocher, l'angoisse t'assaille.

Il te soulève et te jette sur son épaule comme un sac de sable, le bruit s'amplifie. Il fait un tour sur lui-même, ce qui te permet de voir ce qui t'attend en bas ; une fosse sanglante avec une grande hélice tournant à plein régime. Il te jette dedans.

Et comme l'on ne se voit jamais mourir, tu te réveilles au moment où ton corps allait entrer en contact avec l'hélice.



Tu as froid dans cette chambre soudain étrangère à ce que tu as connu. Tu es inondé de sueur et tu tentes de reprendre tes esprits. Quel affreux cauchemar, hein Alexandre ?

Tu as peur car tu sais que tu n'arriveras pas à assumer ce que tu es face à tes horribles parents.

Voilà que tu te lèves, tu sors de ton lit et tu quittes la chambre. Tu trouves ta mère devant l'escalier du premier étage, elle nettoie la rampe avec un chiffon. Si près des marches...

Tu te vois tendre les mains et la pousser, elle crie avant de dévaler l'escalier sur la tête. Ses yeux restent grands ouverts mais ne bougent plus, elle vient de mourir.

Tu vois, ce n'était pas si difficile, tu peux recommencer avec qui tu veux, le plus dur c'est d'oser.



Tu retournes dans ta chambre attendre ton père, il aura droit au même sort.



Et tu seras libre. Enfin.

# Posté le jeudi 08 novembre 2007 08:17

UN EXEMPLE D'ECRITS PLUS PERSONNELS: CONSTANCE

Des mains enfantines et potelées se réunirent autour d'une petite boîte en bois rouge et carrée qu'elles ouvrirent. Une femme miniature se mit à danser en tournant sur elle-même, les bras ouverts et la tête en arrière. Elle était la réplique de Kim, cette fille amoureuse d'Edward aux mains d'argent. La musique qui résonnait était celle du thème principal de ce film.

Ces mains appartenaient à Constance, une petite fille de huit ans aux cheveux blonds comme le sable. Elle adorait ce film car son maître d'école l'avait emmenée au cinéma avec sa classe pour le voir. La fillette adorait ce professeur, elle l'aimait en secret. Alors pour se remémorer ce très bon moment, elle aimait ouvrir cette boîte à musique, la poser sur son oreiller et s'installer face à elle, couchée sur le ventre et la tête dans les mains. Constance pouvait rester ainsi des heures.



Le temps que les rougeurs de son visage disparaissent ainsi que son saignement de nez, comme cela lui arrivait souvent.



Il ne fallait surtout pas que Papa ne la découvre avec le contour écarlate d'une main, une main d'adulte, imprimé sur sa joue. Sinon les représailles seraient terribles. Elle attendait que cela passe tout en versant des larmes d'émotion en écoutant cette musique. Et pendant ce temps-là, Maman guettait tous ses faits et gestes. Un rictus s'inscrivait sur ses lèvres quand ce bourreau voyait les larmes de sa fille, c'était jouissif pour elle. Cette femme aurait aimé briser cette boîte mais son époux l'aurait questionnée, ce qu'elle redoutait par-dessus tout.



Papa n'était jamais là lorsque Maman la frappait, elle faisait toujours ça derrière son dos, elle profitait qu'il travaillait. Cette femme était au chômage, elle avait donc tout son temps pour se défouler sur Constance. Elle lui avait donné ce prénom car c'était celui de sa poupée. Ce monstre l'avait expliqué à sa fille sans doute pour lui faire passer le message ; en l'appelant comme son jouet, elle la considérait comme son pantin. Un pantin de chair et de sang qu'il fallait faire souffrir régulièrement, cogner, insulter. Elle maintenait ainsi une certaine terreur, le terreau de son éducation. Ou de son dressage.



Constance ne sortait jamais de sa chambre pendant la journée, elle attendait que son père soit là pour s'aventurer dans les autres pièces de la maison. La fillette ne se sentait en sécurité que lorsqu'il était présent car Maman ne levait jamais la main sur elle durant tout ce temps. Elle passa toute son enfance dans cette crainte des humiliations et des coups.



Son père lui offrit un album de musique classique pour marquer son entrée dans l'adolescence. Constance l'avait écouté et le jugeait si mélancolique qu'elle décida de l'utiliser pendant ses loisirs créatifs afin d'être plus inspirée. Sa passion c'était la peinture, l'adolescente n'aimait pas trop en voir mais surtout en créer. C'était toujours la même oeuvre au final ; un autoportrait. Pour la peindre elle vidait les fonds de barquette de viande rouge dans un gobelet afin de récupérer le sang et elle l'utilisait pour sa toile.



« Crève, crève ! », chuchotait-elle dans le calme de sa chambre à l'intention de sa mère.



Elle peignait avec frénésie en disant cela.



« C'est quand que tu claques et que tu me laisses vivre ?! », murmurait-elle encore.



Pendant ce temps-là sa génitrice lui aboyait de faire ceci ou cela, et vite. Elle posait son pinceau sur un chiffon, admirait sa toile qui représentait une tête de mort rouge et blanche portant l'inscription « AUTOPORTRAIT » et allait faire sa corvée afin d'être tranquille. Toujours ce même dessin refait à l'infini, cela frisait l'obsession. Ses parents ne voyaient jamais ses toiles car elle les détruisait aussitôt achevées. C'était mieux ainsi car ils l'auraient prise pour une cinglée.



Sa mère continuait à vivre, contrairement à son souhait le plus cher. Constance attendait avec impatience que ce jour vienne car elle voulait aller taguer sa tombe avec des inscriptions ; « BOURREAU D'ENFANTS », « MONSTRE » ou encore « CONNASSE », elle n'avait pas arrêté son choix.



Le projet de la tuer elle-même prit naissance par un beau dimanche après midi d'été. La jeune fille était dans la cuisine à l'heure du repas, elle voulait se servir dans le placard. Elle avait pris un verre et tous les autres s'étaient brisés sur le sol, projetant des débris acérés tout autour de ses jambes nues.



« Alors toi, t'es plus con que con... », avait sifflé sa mère avec un total mépris.



Son père n'avait rien dit, il n'écoutait même pas, comme d'habitude. Il s'était contenté de regarder tout le monde d'un air bovin. Constance s'était sentie humiliée, une fois de trop. C'était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Le peu de morale qu'elle avait développé avec difficulté venait de s'écrouler.



« Toi t'es morte... », pensa-t-elle.



Sa mère avait gagné, elle venait de faire d'elle une psychopathe à force de sadisme sans limites. Le dernier verrou avait sauté ; elle n'avait plus peur de cette femme. Constance la toisa avec mépris, une pointe à peine perceptible mais bien présente.



« Je suis... désolée... », ironisa-t-elle.



Personne ne le comprit ainsi, c'était une fille sage, Constance. Elle passa le balai pour éliminer le verre brisé, acheva son repas puis remonta dans sa chambre.



Allongée sur son lit défait, les bras en croix, elle s'imaginait le meurtre parfait. Comment allait-elle la tuer ? Vite en la poussant dans l'escalier ? Ou plutôt lentement, millimètre par millimètre avec un couteau ?



« Non, il faudrait qu'elle souffre beaucoup », se dit-elle avec un grand sourire.



Elle repartit sur cette idée. Constance songea à un couteau. L'adolescente secoua la tête négativement car c'était trop petit pour elle, pensa au grand couteau de cuisine ; voilà c'était bien mieux, il tranchait très bien. Cela suffirait...dans un premier temps. La jeune fille songea au hachoir. Parfait, il servirait après. L'impatience la gagna ; il fallait qu'elle mette tout cela à exécution.



« Demain... », murmura-t-elle en souriant.

</p>

Constance ferait ça quand son père sera au travail. Ainsi elle ne serait pas dérangée.



L'occasion se présenta naturellement. Elle passait devant la salle de bain dont la porte était entrouverte. La jeune fille avait jeté un --il par curiosité. Le rideau de douche était tiré sur la baignoire, seule la tête de sa mère dépassait et celle-ci semblait s'être assoupie. L'adolescente était entrée dans la pièce et d'un pas sûr s'était dirigée sur elle, lui avait plongé la tête dans l'eau en appuyant de tout son poids. Cette femme avait sursauté, ouvert la bouche et l'eau avait infiltré ses poumons. Au bout de quelques minutes d'une bataille contre sa fille, ses forces l'avaient quittées et la mort était venue la chercher.



Constance avait souri de satisfaction, son ventre s'était contracté sous l'excitation provoquée par cette joie : elle faisait enfin justice elle-même ! Toute cette souffrance s'accumulant depuis des années, tout ce mal-être dont l'adolescente souffrait venaient d'être rendus à ce monstre qu'elle avait éliminé. Rien ne serait plus juste que ce crime car c'était bien connu ; la justice de notre pays rendait service au bourreau et non à la victime, porter plainte n'aurait servi à rien, cette femme serait toujours en liberté cinq ans après et l'aurait battue encore plus fort par punition. Peut-être même l'aurait-elle tuée pour l'avoir balancée...



L'adolescente avait craché sur le cadavre, avait quitté la pièce et préparé ses affaires. Elle partirait très loin d'ici, s'achèterait une arme non seulement pour se défendre mais aussi pour nettoyer cette terre de tous ces bourreaux d'enfants. Ce serait rendre service à l'humanité et éviter le pire à des enfants qui n'auraient pas encore subi tout ce qu'elle-même avait enduré.



L'adolescente laisserait le soin à son père de découvrir la dépouille de cette femme mais avant de s'enfuir il lui fallait accomplir une dernière chose. Constance alla dans sa chambre et revint dans la pièce équipée d'un pinceau et de peinture rouge étalée sur un morceau de carton. Elle trempa la pointe de l'objet dans le liquide, inscrivit « MONSTRE» sur le mur de la baignoire, au-dessus du corps. L'adolescente admira son --uvre puis déserta le foyer familial.



Elle prendrait le train, choisissant la destination au hasard et l'avenir ferait le reste.

# Posté le jeudi 08 novembre 2007 08:19

Mon premier roman: La demoiselle de fer

Mon premier roman: La demoiselle de fer
L'histoire: une jeune femme de vingt ans s'éprend follement pour un artiste, Narcys, qu'elle admire, développe un délire dont elle n'a pas conscience. Internée à l'hôpital suite à une nuit qui a mal tourné mais dont elle ne se rappelle pas, elle tentera de rassembler ses souvenirs...

Ce livre parle d'une maladie mentale encore peu connue, du moins pas considérée comme telle: l'érotomanie. Ce maladie où l'on croit être aimé... certains artistes ont déjà traité le sujet comme ce film: A la folie, pas du tout.

Il est disponible uniquement à cette adresse: http://www.lulu.com/content/908826
En version papier ou téléchargeable immédiatement.

# Posté le vendredi 09 novembre 2007 16:46

UNE PETITE FILLE PERDUE

Une petite fille perdue



C'est l'histoire d'une petite fille perdue qui a trouvé le chemin de l'Indochine. Son Indochine à elle.

Une petite fille dans un corps de femme, Wendy ne voulait absolument pas grandir. Un être qui pestait à chaque date d'anniversaire car le temps passait inexorablement. Ce que ses parents ne comprenaient pas.

« Mais Line, tu n'as que seize ans, tu es trop jeune pour bouder ton anniversaire ! », s'indignait sa mère chaque année, lorsqu'elle posait le gâteau devant son assiette.

Il paraît qu'un âge c'est subjectif et que ça ne veut rien dire. Chose que Line réfutait violement car pour elle le temps passait trop vite. Bien trop vite. Elle allait devenir une femme alors qu'elle restait une enfant dans sa tête. Une enfant paumée. Mais la faute à qui ?
Il y avait bien les informations de son état civil qu'elle connaissait par c½ur mais ça l'avançait à quoi ? Allait-on lui dire à la mairie pourquoi elle se sentait à la fois garçon dans un corps de fille, lesbienne, étrangère à elle-même ? Pourquoi elle voulait tant que ça posséder un pénis ? Pourquoi elle plaquait sa poitrine contre son corps avec des bandages ? Est-ce qu'un jour le nombre de cicatrices sur ses avant- bras arrêterait d'augmenter ? Non, ça on le lui répondrait pas et on la regarderait avec de gros yeux ... elle aurait pu en parler à ses parents mais après avoir entendu de leur bouche « Tu nous fais honte ! Vas t'en ! », ils l'auraient jetée dans le cabinet d'un psychiatre pour déviance.

De toute façon, elle n'avait pas droit à la parole. Toute opinion ou sentiment était sévèrement puni par l'humiliation. Alors pourquoi prendre le risque de se mettre à nu devant ses dictateurs?
Toutes ces questions n'étaient pas là par hasard, ça lui permettait de ne pas penser à la honte qu'elle avait d'elle-même. De ne pas mériter de vivre. Elle traînait son malaise et l'amena bientôt aux frontières de l'Indochine.

Sa meilleure amie lui offrit deux CDS gravés où figuraient tous les albums de ce groupe qui lui était encore inconnu ainsi que quelques concerts pirates de qualité acceptable. Elle n'écouta que les albums pendant un long moment pour se familiariser avec cette musique avant de découvrir les versions live. Ses parents se moquaient d'elle et de ce groupe.

«T'écoutes de la musique de tapettes maintenant ?! Tu devrais arrêter tu vas l'être aussi...»

Elle avait envie de leur cracher à la figure mais l'idée de réaliser un tel acte la terrifiait. Alors elle souffrait sans mot dire, se scarifiait à volonté pour évacuer cette tension intérieure afin qu'elle ne s'échappe pas dans un hurlement infini. Car il fallait porter sa croix en silence dans cette maison, ne pas faire de vagues sous peine de recevoir des coups.

Line se sentait de mieux en mieux en écoutant Indochine, elle avait le sentiment qu'enfin quelqu'un pouvait la comprendre, pénétrer son âme comme personne ne l'avait jamais fait auparavant. Mieux qu'un psy, ce Nicola... rassurant car unisexe, ce mec. Du moins elle le ressentait comme cela car un homme autant capable de se mettre à la place d'une femme, ça ne courait pas les rues.
La jeune fille se mit à écouter les live. Elle entendit le chanteur déclarer « Soyez fiers de vous ! » avant de se remettre à chanter. Il fallait donc qu'elle soit fière d'elle ? Cela la fit souffrir un moment car Line ne pensait pas pouvoir y arriver.

Un beau matin, tout fut bien plus clair. Elle prit conscience qu'Indochine était un pays où l'on pouvait se sentir aimé qui que l'on soit, que cet amour était inconditionnel. L'adolescente pouvait s'assumer sans risques.
Line se mit à sourire dans son lit. L'heure de la délivrance avait sonnée.

# Posté le samedi 10 novembre 2007 10:47